Assurance vie : une collecte solide, des conseillers plus prudents
Les Français ont placé 43,5 milliards d’euros nets sur leurs contrats de janvier à août, 6,9 milliards de plus qu’un an plus tôt. Chez les conseillers en gestion de patrimoine, les fonds en euros gagnent du terrain, en partie de façon provisoire. Les plus aisés regardent le Luxembourg, où un premier contrat s’ouvre dès 50 000 euros.
Au premier trimestre, 64 % de l’argent que les clients des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) versaient en assurance vie allaient aux unités de compte (UC), ces supports investis en actions, en obligations ou en immobilier dont le capital n’est pas garanti. La proportion est tombée à 60,5 % au deuxième trimestre, puis à 54,2 % au troisième, les fonds en euros récupérant 45,8 % de la collecte. Ces chiffres viennent de l’observatoire trimestriel de Nortia, une plateforme qui travaille avec plus de 3 300 CGP et suit les versements de plus de 72 000 clients, pour 12,5 milliards d’euros d’encours.
Nortia invite pourtant à ne pas y voir un virage. Une partie importante des sommes arrivées sur les fonds en euros vient de contrats transférés, placés là « temporairement » avant d’être réinvestis peu à peu en UC. Dans la poche UC, les produits structurés, ces placements à formule qui promettent un gain fixe tant qu’un indice ne baisse pas trop, tombent à 17,5 %, contre 26 % au deuxième trimestre, mais en représentent près de 24 % hors transferts. Les fonds actions y montent à près de 20 %, quatre points de plus.
« Entre remontée des taux, tensions sur les prix de l’énergie et divergences économiques, les investisseurs ne se détournent pas du risque : ils cherchent à mieux le répartir et à le maîtriser », résume Philippe Parguey, directeur général de Nortia. Les arbitrages ralentissent : 3,16 % des encours ont changé de support au troisième trimestre, contre 3,73 % au précédent.
Une collecte nette en hausse de 6,9 milliards
L’ensemble du marché reste tourné vers les UC. Selon France Assureurs, les épargnants ont versé 138,7 milliards d’euros de janvier à août, 7 % de plus qu’un an plus tôt, dont 40 % sur des UC. Une fois déduits les rachats et les capitaux versés aux bénéficiaires, la collecte nette atteint 43,5 milliards, et les UC en captent 33,9 milliards. L’an dernier, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) avait mesuré sur les seuls contrats d’assurance vie, hors épargne retraite, une collecte nette de 44 milliards d’euros, « son niveau le plus élevé depuis 2011 ». L’encours atteignait 2 171 milliards d’euros fin août. Les UC représentaient 32 % des provisions des assureurs vie fin 2025, le reste étant placé en euros.
Août a marqué un premier coup de frein. Les cotisations ont reculé de 6 % sur un an, à 11,5 milliards d’euros, et celles des fonds en euros de 10 %. Les prestations ont grimpé de 15 %, à 9,5 milliards, leur plus haut niveau pour un mois d’août depuis trois ans. Les retraits restent contenus : en 2025, les rachats ont représenté 4,4 % des encours en euros et 3,9 % des encours en UC, selon l’ACPR. Les assureurs disposaient fin 2025 de 51,4 milliards d’euros de bénéfices mis en réserve, selon France Assureurs, qu’ils peuvent redistribuer pour soutenir leurs taux. Pour attirer les versements, plusieurs proposent des bonus liés à une part minimale d’UC. Selon un relevé de MoneyVox, il faut ainsi placer 60 % en UC pour obtenir jusqu’à 5,05 % sur le fonds en euros du contrat Lucya CNP.
Le contrat luxembourgeois descend en gamme
Les épargnants fortunés regardent aussi de l’autre côté de la frontière. Les Français ont confié 16,4 milliards d’euros aux assureurs vie luxembourgeois en 2025, soit 54,6 % du marché de la place, selon l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances du Luxembourg (ACA). Ces contrats exigent d’ordinaire un gros ticket : 100 000 euros chez Ramify ou Meilleurtaux Placement, 150 000 chez BoursoBank, 250 000 au minimum chez BNP Paribas. Le courtier en ligne Altaprofits a lancé le 15 octobre, avec Generali Luxembourg, un contrat ouvert dès 50 000 euros, sans frais d’entrée et avec 0,75 % de frais de gestion par an. Son fonds en euros n’est accessible qu’à condition de placer au moins la moitié de la somme en UC.
L’attrait tient à la protection. Au Luxembourg, les actifs des contrats sont déposés chez une banque distincte de l’assureur, sous le contrôle du Commissariat aux assurances, et les assurés sont créanciers de premier rang en cas de faillite : c’est le « super privilège ». Marc Peynet, directeur général d’Altaprofits, y voit l’« intérêt grandissant des investisseurs français ». En France, le fonds de garantie des assurances de personnes couvre 70 000 euros par épargnant et par assureur. Au-delà, l’épargnant dépend de la solidité de sa compagnie. Les assureurs français affichent en moyenne un taux de couverture de leurs exigences de solvabilité de 250 %, selon l’ACPR.

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